Des papillons dans le ventre avant un événement important ? Un nœud dans l’estomac face à une mauvaise nouvelle ? La gorge nouée ? ou tout simplement un comportement à votre égard ne passe pas ? Ces expressions du langage courant ne sont pas uniquement des métaphores : elles reflètent une réalité scientifique que la sagesse populaire a assimilée de manière empirique à travers les âges. Notre ventre ne se contente pas de digérer nos aliments, il possède littéralement son propre cerveau.
C’est le monde fascinant du système nerveux entérique, un réseau de 200 à 600 millions de neurones qui tapisse notre tube digestif de l’œsophage jusqu’au côlon. C’est peu, moins d’1% comparé à la centaine de milliards de neurones de notre cerveau crânien et c’est néanmoins conséquent, car presque autant que le cerveau d’un chat et 2 fois moins que celui d’un chien.
Mais à quoi peuvent bien servir les capacités neuronales de l’intestin ?
Un cerveau autonome dans votre ventre
Les recherches scientifiques des dernières décennies ont révélé que les neurones intestinaux constituent un système nerveux autonome, capable de fonctionner de manière indépendante du cerveau crânien.
C’est le Dr Michael Gershon aux Etats-unis dans les années 90 qui par ses travaux a démontré que l’intestin peut prendre des décisions complexes sans aucune intervention du cerveau principal.
Ainsi, en toute autonomie, le cerveau entérique coordonne la digestion, régule les sécrétions enzymatiques, gère les contractions musculaires et surveille l’état de la paroi intestinale.
Une communication à double sens
Le cerveau est autonome mais pas autarcique. Au contraire, il entretient une communication constante et bidirectionnelle avec le cerveau crânien via le nerf vague, cette autoroute neuronale qui relie les deux organes. Le nerf vague transmet environ 200 signaux par seconde entre l’intestin et le cerveau.
Par contre, 90% du trafic circule de l’intestin vers le cerveau, et seulement 10% dans le sens inverse. Autrement dit, votre ventre envoie bien plus de messages à votre tête que l’inverse.
Avant un examen important, vous pouvez ressentir des nausées ou une envie pressante d’aller aux toilettes : votre cerveau stressé envoie des signaux d’alerte à votre intestin.
Dès l’apparition du stress, notre cerveau en informe nos intestins qui peuvent provoquer à leur tour des crampes, des diarrhées ou une lenteur digestive. Mais l’inverse est encore plus vrai : un intestin en souffrance envoie des signaux de détresse au cerveau, ce qui peut influencer notre humeur, notre niveau d’anxiété et même nos capacités cognitives.
Les neurotransmetteurs : quand l’intestin parle le langage du cerveau
Mieux encore, le cerveau entérique et le cerveau crânien parlent le même langage en utilisant les mêmes messagers chimiques ( neurotransmetteurs). C’est même un producteur de :
- sérotonine, l’hormone du bonheur, et pas qu’un peu : 95% de la sérotonine de notre organisme est produite par nos intestins.
- dopamine, impliquée dans la motivation et le plaisir
- acétylcholine qui joue un rôle dans la mémoire et l’apprentissage
La sérotonine intestinale régule le transit et influence notre humeur, notre sommeil, notre appétit et même notre perception de la douleur. Il n’est pas rare en effet de rencontrer des personnes souffrant de troubles digestifs chroniques avec des symptômes de dépression ou d’anxiété.
Ce n’est pas « dans leur tête », c’est dans leur ventre que ça se passe.
On comprend mieux maintenant pourquoi une alimentation déséquilibrée ou des problèmes digestifs peuvent affecter notre clarté mentale et notre concentration.
Le rôle du microbiote dans l’équation
Le cerveau entérique ne travaille pas seul. Il cohabite avec des billions (1000 milliards) de bactéries, virus et champignons qui constituent notre microbiote intestinal. Cette communauté microbienne influence directement le fonctionnement du système nerveux entérique.
Les bonnes bactéries de votre intestin produisent des substances qui stimulent les neurones entériques et influencent la production de neurotransmetteurs.
Certaines souches de probiotiques ont même démontré leur capacité à réduire l’anxiété et à améliorer l’humeur, un effet si bien documenté qu’on les appelle désormais des « psychobiotiques ».
À l’inverse, un microbiote déséquilibré peut perturber le fonctionnement du cerveau entérique et engendrer des pathologies intestinales : inflammation de la paroi intestinale, perméabilité accrue, signaux de détresse envoyés au cerveau, perturbation de l’humeur et du comportement.
Prendre soin de son deuxième cerveau
Vous l’avez compris, comprendre et prendre en compte les besoins du cerveau entérique, change notre vision de la santé. Prendre soin de son intestin n’est plus seulement une question de confort digestif, c’est préserver sa santé mentale, son immunité et son bien-être global.
De simples gestes peuvent soutenir votre cerveau entérique au quotidien. Une alimentation riche en fibres nourrit à la fois vos bonnes bactéries et vos neurones intestinaux. Les aliments fermentés comme le kéfir, la choucroute ou le kimchi apportent des probiotiques naturels. Une bonne hydratation facilite le travail de votre système digestif. Et la gestion du stress, par la méditation, la respiration ou l’exercice physique, protège cet axe intestin-cerveau si précieux.
Bon à savoir
Lorsque le système nerveux entérique est perturbé depuis longtemps, notamment en cas de transit très ralenti ou de côlon paresseux, il peut avoir besoin d’un accompagnement pour retrouver son rythme naturel. L’hydrothérapie du côlon, pratique ancestrale que je détaillerai dans un prochain article, peut dans certains cas aider à relancer la communication entre le cerveau entérique et les muscles intestinaux. Cette approche s’inscrit toujours dans une démarche globale incluant alimentation, gestion du stress et rééquilibrage du microbiote.
Écouter son ventre prend alors un sens nouveau. Ces sensations intestinales sont des messages d’un organe intelligent qui mérite toute notre attention. Quand votre deuxième cerveau vous parle, peut-être est-il temps de l’écouter.
Le cerveau entérique est un organe fascinant qui influence bien plus que votre digestion. Comprendre son fonctionnement est la première étape pour prendre soin de votre santé intestinale globale.
A suivre dans les prochains articles :
- Le lien entre intestin et santé mentale
- Comment l’hydrothérapie du côlon peut soutenir votre cerveau entérique
- Les gestes quotidiens pour un côlon en bonne santé
Envie d’un accompagnement personnalisé pour optimiser votre santé intestinale ? Découvrez comment l’hydrothérapie du côlon peut s’intégrer dans une approche globale de bien-être.
Pour aller plus loin :
- Gershon, M. D. (1998). L’intestin, notre deuxième cerveau
- Mayer, E. A. (2016). La connexion Cerveau Intestin
- Furness, J. B. (2012). « The enteric nervous system ». Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology
- Enders, J. (2020). Le charme discret de l’intestin



