Aujourd’hui pratique indispensable de la médecine de ville et hospitalière, le nettoyage intestinal ne date pas d’aujourd’hui, il était déjà pratiqué dans l’Inde antique il y a plus de 5000 ans. Loin d’être une mode, l’hydrothérapie du côlon s’inscrit dans une longue tradition médicale et de bien-être.
De l’Égypte des pharaons aux cabinets modernes équipés de technologies de pointe, cette pratique a évolué, s’est affinée, parfois oubliée, puis redécouverte. Aujourd’hui, elle fait son retour dans une approche holistique de la santé, validée par une meilleure compréhension scientifique du rôle central du côlon dans notre bien-être.

Les origines antiques : quand les civilisations découvrent le nettoyage intestinal
L’Égypte ancienne et l’ibis sacré
Les premières traces écrites de lavements intestinaux remontent à l’Égypte ancienne, vers 1500 avant J.-C., dans le célèbre papyrus Ebers1, l’un des plus anciens traités médicaux connus.
Les médecins égyptiens, observateurs remarquables de la nature, avaient constaté que l’ibis blanc, un oiseau sacré, se nettoyait régulièrement le rectum avec son long bec dans l’eau du Nil. Ils en ont déduit que le nettoyage intestinal était une pratique naturelle bénéfique pour la santé.
Le papyrus Ebers décrit les lavements comme un traitement à de nombreux maux : fièvres, douleurs abdominales, parasites intestinaux.
Les médecins égyptiens considéraient déjà que l’accumulation de déchets dans l’intestin était à l’origine de nombreuses maladies.
Hippocrate : « Toutes les maladies commencent dans l’intestin »
A l’origine du fameux serment2 qui encore aujourd’hui oblige les médecins français vis à vis de leurs patients.
Hippocrate (460-370 av. J.-C.), considéré comme le père de la médecine occidentale, recommandait les lavements dans son corpus médical.
Selon la théorie des humeurs grecque, la santé résultait de l’équilibre entre quatre humeurs corporelles. Les lavements étaient utilisés pour évacuer les humeurs en excès et rétablir l’équilibre.
Citation d’Hippocrate : « Toutes les maladies commencent dans l’intestin » – une affirmation qui résonne avec force dans les découvertes modernes sur le microbiote et l’axe intestin-cerveau exploré dans un article précédent.
Les sagesses orientales
En Inde ancienne, la médecine ayurvédique (qui remonte à environ 5000 ans) intègre le nettoyage intestinal dans le Panchakarma3, ensemble de cinq procédures de purification. Les Basti (lavements médicinaux) utilisaient des décoctions d’herbes et d’huiles pour purifier le côlon et équilibrer les 3 doshas ou humeurs (dosha : mucosité, air, bile).
En médecine traditionnelle chinoise, comme nous l’avons vu dans un article précédent, le Gros Intestin joue un rôle crucial dans l’élimination et le lâcher-prise. Les médecins chinois utilisaient pharmacopée, acupuncture et lavements pour libérer les stagnations de Qi et faciliter la circulation harmonieuse dans tout le corps.
Les autres traditions mondiales
Bien que non datées précisément, des pratiques de nettoyage intestinal sont également recensées sur d’autres continents avant notre ère.
En Afrique, les guérisseurs traditionnels utilisaient des décoctions de plantes locales pour des lavements thérapeutiques, intégrant cette pratique dans une vision holistique de la santé.
Chez les peuples autochtones d’Amérique, les traditions amérindiennes incluaient des purifications intestinales, souvent associées à des cérémonies spirituelles et à l’utilisation de plantes sacrées.
Cette universalité témoigne d’un empirisme partagé : un intestin propre est fondamental pour la santé globale.
Bon à savoir
La plupart des pratiques ancestrales utilisaient des lavements (introduction ponctuelle d’eau dans le rectum), tandis que l’hydrothérapie moderne utilise l’irrigation colonique (flux continu nettoyant l’ensemble du côlon). Le principe reste le même : nettoyer l’intestin pour améliorer la santé.
L’Occident du Moyen Age au XXe siècle
Une pratique médicale courante
Du Moyen Age jusqu’au XVIIIe siècle en Europe, les lavements demeurent une pratique médicale standard. Au XVIIe siècle, la pratique connaît son apogée, notamment à la cour de Louis XIV où le Roi-Soleil aurait reçu plus de 2000 lavements au cours de sa vie. A noter Molière, notamment dans Le Malade imaginaire (1673), se moque de cette obsession médicale pour les clystères et purgations.
L’hydrothérapie scientifique du XIXe siècle
Au XIXe siècle, l’hydrothérapie connaît un essor considérable. Sebastian Kneipp (1821-1897), prêtre allemand, développe une méthode combinant hydrothérapie, phytothérapie et hygiène de vie, avec un succès international.
Dr. John Harvey Kellogg (1852-1943), médecin américain, devient un pionnier majeur à son sanatorium de Battle Creek (Michigan). Considérant que 90% des maladies provenaient d’un côlon mal fonctionnant, il prescrivait irrigation colonique, régime riche en fibres, probiotiques et exercice physique.
Et oui le Dr. Kellog est bien l’inventeur des Kellog’s Corn flakes, préconisés dans son régime riche en fibres.
La théorie de l’auto-intoxication intestinale dominante affirme que les déchets stagnants produisent des toxines absorbées dans le sang, causant de nombreuses maladies. L’irrigation colonique devient un traitement standard dans les hôpitaux occidentaux.
Le déclin et la renaissance
Entre 1940 et 1980, plusieurs facteurs conduisent au déclin en Occident : l’essor de la pharmacologie, la remise en question scientifique de la théorie de l’auto-intoxication, et l’évolution des mentalités rendant le sujet tabou.
L’hydrothérapie disparaît progressivement des hôpitaux occidentaux pour se maintenir dans les centres de naturopathie, tandis qu’elle continue d’être pratiquée sans interruption dans les médecines traditionnelles asiatiques.
Depuis les années 1980, on observe une renaissance mondiale portée par le retour aux approches naturelles, les nouvelles découvertes scientifiques sur le microbiote, les technologies modernes, et la professionnalisation internationale de la pratique.
L’hydrothérapie du côlon aujourd’hui : entre tradition et modernité
Une pratique encadrée et professionnalisée
Il est important de ne pas confondre le lavement médical avec l’hydrothérapie du côlon. Petit rappel anatomique, le côlon mesure environ 1m50.
La médecine moderne pratique des lavements du côlon avec une quantité d’eau comprise entre 0,5 à 2 litres maximum pour une profondeur de de 20 à 30 cm (Rectum jusqu’au Sigmoïde) pour unedurée de 5 à 15 minutes.
Les usages médicaux de cette pratique sont le soulagement rapide de la constipation, la préparation aux examens (coloscopie), l’administration de médicaments ou une évacuation ponctuelle.
Pour l’hydrothérapie du côlon, le nettoyage est complet pour un volume d’eau de 30 à 60 litres et une durée de 40 minutes.
Aujourd’hui, l’hydrothérapie du côlon est pratiquée par des professionnels formés dans des centres spécialisés respectant des normes strictes d’hygiène et de sécurité auxquels j’ai la chance de faire partie.
Les équipements modernes offrent :
- Systèmes fermés garantissant discrétion et hygiène
- Contrôle précis de la température (37-38°C)
- Pression régulée pour éviter tout inconfort
- Matériel à usage unique (canules, tubulures)
- Filtration de l’eau (parfois osmose inverse)
Les praticiens qualifiés :
- Suivent des formations certifiantes
- Respectent des protocoles stricts
- Établissent un bilan de santé préalable
- Contre-indiquent si nécessaire (maladies inflammatoires actives, grossesse, etc.)
Une approche validée par la science moderne
L’hydrothérapie contemporaine s’appuie sur les découvertes scientifiques récentes évoquées dans mes articles précédents:
Le microbiote intestinal de notre côlon abrite 100 000 milliards de bactéries. L’irrigation, suivie d’un rebiosage4 avec probiotiques, peut aider à rééquilibrer ce microbiote.
L’axe intestin-cerveau produit 95% de notre sérotonine et communique directement avec notre cerveau. Un côlon sain influence positivement notre santé mentale.
70% de notre immunité se situe dans l’intestin. Maintenir un côlon fonctionnel soutient nos défenses naturelles.
Les indications actuelles
Aujourd’hui, l’hydrothérapie du côlon s’inscrit dans une approche préventive et de bien-être :
Prévention :
- Entretien régulier du côlon (notamment aux changements de saison)
- Préparation à des examens médicaux (coloscopie)
- Soutien lors de programmes de désintoxication
Troubles fonctionnels :
- Constipation chronique
- Ballonnements persistants
- Syndrome du côlon irritable (en dehors des phases aiguës)
- Fatigue chronique
Accompagnement :
- Programmes de perte de poids
- Gestion du stress (via l’axe intestin-cerveau)
- Transition alimentaire
La place dans une approche intégrative
L’hydrothérapie moderne ne se suffit pas à elle-même. Elle s’intègre dans un protocole global qui nécessite :
- Une alimentation équilibrée riche en fibres, prébiotiques et aliments fermentés
- Une hydratation suffisante de 1,5 à 2L d’eau par jour
- Des probiotiques pour rebioser le côlon après l’irrigation
- Une activité physique pour stimulation le transit naturel
- Une bonne gestion du stress avec des pratiques éventuelles de méditation, respiration ou yoga
- Un sommeil réparateur pour permettre au microbiote de se régénèrer la nuit
Dans mon cabinet, je combine l’hydrothérapie du côlon avec :
- Massages Tui Na : Stimulation des points d’acupuncture du méridien du Gros Intestin
- Réflexologie plantaire : Activation des zones réflexes intestinales
- Conseils en médecine traditionnelle chinoise et micro-nutrition : Alimentation selon les 5 éléments, gestion émotionnelle
Bon à savoir
L’hydrothérapie du côlon a traversé plus de 3500 ans d’histoire médicale à travers le monde. Cette universalité n’est pas un hasard : différentes civilisations, sans contact entre elles, sont arrivées à la même conclusion sur l’importance du nettoyage intestinal pour la santé globale.
La différence majeure entre les pratiques ancestrales et modernes réside dans :
- La sécurité et le confort des équipements
- L’approche holistique intégrant nutrition et mode de vie
- La professionnalisation et la formation des praticiens
- La compréhension scientifique du rôle du microbiote
L’hydrothérapie n’est pas une solution miracle, mais un outil de santé parmi d’autres, particulièrement efficace lorsqu’elle s’inscrit dans une démarche globale de prévention et de bien-être.
Conclusion
De l’ibis sacré observé par les Égyptiens aux technologies de pointe des cabinets modernes, l’hydrothérapie du côlon a parcouru un chemin fascinant à travers les civilisations et les époques.
Loin d’être une mode passagère, elle représente la continuité d’une sagesse médicale millénaire qui reconnaît l’importance centrale du côlon dans notre santé physique, mentale et émotionnelle.
Aujourd’hui, cette pratique ancestrale trouve une nouvelle légitimité grâce aux découvertes scientifiques sur le microbiote, l’axe intestin-cerveau et le rôle immunitaire de l’intestin. Elle s’inscrit naturellement dans une approche préventive et holistique de la santé qui replace l’individu au cœur de son bien-être.
L’histoire nous enseigne que certaines pratiques traversent le temps non par hasard, mais parce qu’elles répondent à un besoin fondamental du corps humain. L’hydrothérapie du côlon en fait partie.
À suivre dans les prochains articles :
- Le microbiote intestinal : comprendre sa flore pour mieux la préserver
- L’hydrothérapie du côlon : pour qui, pourquoi, comment ?
- L’auto-massage du côlon : technique détaillée
Curieux de découvrir comment cette pratique millénaire peut soutenir votre santé aujourd’hui ? Découvrez mon approche intégrative associant hydrothérapie, médecine traditionnelle chinoise et conseils en hygiène de vie.
Pour aller plus loin :
- Ebers Papyrus (vers 1500 av. J.-C.). The Greatest Egyptian Medical Document
- Hippocrate. Œuvres complètes. Collection Littré
- Charaka Samhita. Texte fondateur de l’Ayurveda
- Huangdi Neijing. Classique interne de l’Empereur Jaune (MTC)
- Kellogg, J.H. (1917). The New Dietetics: What to Eat and How
- Nichols, T.R. & Faass, N. (2005). Optimal Digestive Health: A Complete Guide
- I-ACT (International Association for Colon Hydrotherapy). Documentation et standards professionnels
- Le papyrus Ebers est l’un des plus anciens traités médicaux connus, découvert à Louxor en 1862. Il contient plus de 700 formules et recettes médicales. ↩︎
- Même s’il n’a pas de valeur juridique, le serment d’Hippocrate est considéré comme l’un des textes fondateurs de la déontologie médicale ↩︎
- Le Panchakarma ayurvédique est toujours pratiqué aujourd’hui dans les centres ayurvédiques traditionnels en Inde et dans le monde entier, témoignant de la continuité de cette tradition médicale. ↩︎
- Réencemensement du côlon en bonnes bactéries après une irrigation colonique ↩︎


